Bel-Ami.

Quand Georges Duroy se retrouva dans la rue, il hésita sur ce qu'il ferait. Il avait envie de courir, de rever, d'aller devant lui en songeant à l'avenir et en respirant l'air doux de la nuit; mais la pensée de la série d'articles demandés par le père Walter le poursuivait, et il se décida à rentrer tout de suite pour se mettre au travail.
Il revint à grands pas, gagna le boulevard extérieur, et le suivit jusqu'à la rue Boursault qu'il habitait. Sa maison, haute de six étages, était peuplée par vingt petits ménages ouvriers et bourgeois, et il éprouva, en montant l'escalier, dont il éclairait avec des allumettes-bougies les marches sales où trainaient des bouts de papiers, des bouts de cigarettes, des épluchures de cuisine, une écoeurante sensation de dégout et une hate de sortir de là, de loger comme les hommes riches, en des demeure propres, avec des tapis. Une odeur lourde de nourriture, de fosse d'aisances et d'humanité, une odeur stagnante de crasse et de vieille muraille, qu'aucun courant d'air n'eut pu chasser de ce logis, l'emplissait du haut en bas.
La chambre du jeune homme, au cinquième étage, donnait, comme sur un abime profond, sur l'immense tranchée du chemin de fer de l'Ouest, juste au-dessus de la sortie du tunnel, près de la gare des Batignolles. Duroy ouvrit sa fenetre et s'accouda sur l'appui de fer rouillé.
Au-dessous de lui, dans le fond du trou sombre, trois signaux rouges immobiles avaient l'air de gros yeux de bete; et plus loin on en voyait d'autres, et encore d'autres, encore plus loin. A tout instant des coups de sifflet prolongès ou courts passaient dans la nuit, les uns proches, les autres à peine perceptibles, venus de là-bas, du coté d'Asnières. Ils avaient des modulations comme des appels de voix.

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